Est-ce que l’Afrique est prête à se passer des fripes importées des USA ? 👗👠👔

Le légendaire adage selon lequel il n’y aurait pas d’amitiés entre les pays mais uniquement des intérêts, se confirme une fois de plus. Plusieurs états d’Afrique de l’Est sont dans un bras de fer avec les États-Unis concernant l’interdiction d’importation de fripes/vêtements de seconde main.

D’une part, les gouvernements rwandais, tanzaniens et ougandais souhaitent interdire ces importations dès 2019, afin de booster leurs industries textiles respectives.

D’autre part, les US rappellent que l’import des fripes en question rentre dans le cadre d’un accord (l’AGOA) qui permet également aux pays d’Afrique de l’Est de pouvoir exporter aux US sans paiement de frais de douane.

Cet argument à lui seul a suffit d’ailleurs à faire reculer le Kenya, puisque les États-Unis sont le troisième marché d’exportation du pays.

Vous pouvez lire deux articles un peu plus détaillés sur cette affaire en français ou en anglais.

Mon commentaire :

Dans ce type de situations, il est important de garder la tête froide. Bien sûr, c’est un peu choquant que les US donnent des “ultimatums” à des pays africains, on peut y avoir un arrière-goût de néo-colonialisme, sauf qu’il s’agit simplement de business… et les rapports de force sont un passage quasi obligé.

Ensuite, il faut bien reconnaître que l’interdiction des fripes est certes une aubaine pour l’industrie textile locale mais… est-ce que celle-ci est prête à prendre le relais ? Quelles sont les mesures mises en place pour que les fabricants locaux puissent répondre à la demande, surtout à des prix aussi bas/compétitifs que ceux de la fripe ? Quelles sont les mesures mises en place pour contrecarrer l’éventuel marché noir qui va irrémédiablement se mettre en place ?

Le Rwanda et l’Éthiopie sont en train de se positionner sur le textile depuis quelques années, notamment en créant des zones franches à des conditions avantageuses pour les fabricants étrangers, sans oublier les formations afin d’avoir des personnels qualifiés. Mais est-ce qu’ils ont déjà atteint la masse critique suffisante pour répondre aux besoins de toutes leurs populations respectives ? Je suis assez sceptique.

Que doit-on faire ? À mon humble avis, une transition est préférable.

Étant donné le faible pouvoir d’achat mais aussi, de la croissance d’une classe moyenne qui peut se permettre de dépenser un peu plus en habillement, il faudrait sur une période de cinq à dix ans, commencer à réduire les importations progressivement tout en appuyant l’essor d’un ou plusieurs fabricants locaux. La “conversion” se fera plus facilement ensuite.

Je crains qu’une coupure nette et simple sans plan très solide ne crée un vide dans le marché… Et on le sait, la nature ayant horreur du vide, cela va créer des marchés parallèles et encore plus informels.

Dans tous les cas, je surveille cette affaire de très près car si d’autres pays d’Afrique subsaharienne ont annoncé également vouloir en finir avec les fripes, seule la zone Afrique de l’Est semble la plus déterminée à en faire une réalité.

Paola Audrey
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Née et élevée à Douala (Cameroun), elle s’installe en région parisienne à l’âge de 12 ans. À 18 ans, elle fait le choix de s’orienter vers les métiers du luxe. C’est alors qu’elle co-fonde FASHIZBLACK – devenu un des médias de référence en matière de Mode afro – pendant ses études en classe préparatoire. De 2008 à 2016, elle va chapeauter la production de chaque numéro du magazine, distribué dans les kiosques d’une dizaine de pays à l’international. Paola Audrey a travaillé sur de nombreux projets éditoriaux incluant des personnalités ou marques de renom. Son rôle de rédactrice-en-chef l’enverra également aux 4 coins du monde. De plus en plus sollicitée pour son expertise en matière de marketing créatif, communication et nouveaux médias, elle devient consultante et accompagne des créateurs, artistes et entrepreneurs basés dans/ciblant les principaux marchés émergents en Afrique francophone. Pendant l’été 2014, elle quitte définitivement Paris pour Abidjan, où elle réside désormais.
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